LA PLACE QUE PRENNENT LES HOMMES

Pour cette commande photographique de la ville de Saint-Étienne, j’ai arpenté le quartier Tarentaize-Beaubrun-Couriot en septembre et octobre 2022 avec une chambre photographique. Par son encombrement et la lenteur du processus de prise de vue, la chambre est un formidable outil de contemplation. Elle m’a permis de découvrir un quartier dans lequel j’ai emménagé depuis peu.

Me focalisant sur ce qui est visible depuis l’espace public, j’ai photographié au hasard de mes déambulations, au hasard des rencontres. Je constate rapidement une présence très importante des hommes dans mes images. J’en suis moi-même un. Probablement que ce dénominateur commun favorise la rencontre. L’explication toute trouvée, je retourne photographier en veillant cette fois à élargir l’éventail de personnes représentées. Rien n’y fait, les hommes continuent de se multiplier dans mes images.

Pourtant, selon une étude de l’INSEE en 2018, le nombre de femmes habitants dans le quartier étaient légèrement supérieur au nombre d’hommes. Dans la rue, les femmes sont souvent en train de tirer, de pousser, de porter : des poussettes, des sacs, des caddies, des enfants par la main, mais elles s’arrêtent rarement. « Les hommes occupent l’espace public et les femmes s’y occupent ». (Chris Blache, Pascale Lapalud, plateforme de recherche et d’action Genre et ville.)

À l’heure du grand projet de rénovation de Tarentaize-Beaubrun-Couriot, l’espace public  urbain est au centre des débats sur la mixité. Parée de vertus démocratiques, la place publique est souvent décrite comme une agora, un espace privilégié du vivre ensemble. Aujourd’hui, elle est surtout un lieu de reproduction des inégalités (sociales, ethniques et de genres).